Photographies de François Patureau.


 

L'Aubrac est Ă©talĂ© sur trois dĂ©partements, qui se rencontrent Ă  la Croix des Trois EvĂȘques, Ă©levĂ©e en 1238 par les moines d’Aubrac. Le Cantal n'a qu'une faible part, la rĂ©gion de Saint-Urcize. Aveyron et LozĂšre se partagent le gros morceau et la ligne de faĂźte des Monts d'Aubrac fait pratiquement leur frontiĂšre.

Histoire à l'antiquité et au Moyen Age ..

 

Dans la documentation historique, Aubrac est attestĂ© sous la forme Altobraco, Albracum, Albrac et mĂȘme Auborac en occitan. Le second Ă©lĂ©ment est peut-ĂȘtre le gaulois braco attestĂ© dans une glose et qui signifie «endroit humide, boueux». Ce mot existe encore en langue d'oĂŻl sous la forme brai au sens de «goudron», jadis «boue» et braye «terre grasse», ainsi qu'en toponymie sous la forme Bray. L'Aubrac faisait partie du territoire du peuple celtique des Gabales, le pagus Gabalorum (dont procĂšde le nom GĂ©vaudan) et leur capitale Ă©tait Anderitum (de ande « sous Â» ou « devant Â» et rito- « guĂ© Â») pour prendre, comme c'est courant dans les Gaules au Bas Empire, le nom du peuple Civitas Gabalorum, Javols. Il semble Ă©galement que l'Aubrac ait abritĂ© une localitĂ© appelĂ©e Adsilanum, village Ă©tape dans un premier temps sur la voie romaine reliant la Narbonnaise Ă  la Gaule du nord et Ă  l'Aquitaine et qui servit aussi plus tard de poste frontiĂšre entre la Narbonnaise et le territoire des Arvernes.

Un des sommets de l'Aubrac, connu sous le nom de mont-HĂ©lanus, est bordĂ© par un lac, aujourd'hui appelĂ© lac de Saint-AndĂ©ol, oĂč, selon GrĂ©goire de Tours les habitants se rĂ©unissaient chaque annĂ©e pendant quelques jours, y faisant ripaille et jetant des offrandes au dieu du lac. Sous Charlemagne, les prĂȘtres, toujours enclins Ă  se reposer sur les pratiques paĂŻennes pour propager leur enseignement, perpĂ©tuĂšrent ce culte en substituant un saint au dieu paĂŻen. Cette pratique dura jusqu'Ă  la fin du XIXe siĂšcle oĂč cette pratique fut interdite.

Lac Saint-Andéol

Service gratuit et accessible Ă  tous

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L'Aubrac doit son nom à l'ancienne dÎmerie d'Aubrac à 1350 m d'altitude. Aubrac tire son nom de «Alto Braco» qui veut dire "lieu élevé".
Jusqu’aux alentours de l’an 1000, l’Aubrac Ă©tait couvert de forĂȘts de hĂȘtres et de sapins. Ces bois abritaient des brigands qui y trouvaient la tranquillitĂ© et de quoi se cacher. Ceux-ci dĂ©troussaient les pĂšlerins venant du Puy-en-Velay et qui utilisaient l'ancienne voie romaine appelĂ© via Agrippa, menant de Lyon Ă  Bordeaux et Toulouse en passant par Javols en terre de Peyre et Rodez pour se rendre au sanctuaire de
Saint-Jacques de Compostelle en Espagne.

Le BĂšs

Le pĂšlerinage de Saint-Jacques de Compostelle avait pris son essor dĂšs le 10Ăšme siĂšcle. Les difficultĂ©s liĂ©es au climat et Ă  l'insĂ©curitĂ© de la traversĂ©e du plateau conduisirent un dĂ©nommĂ© Adalard, comte d'origine flamande, Ă  fonder au voisinage du point le plus Ă©levĂ©, une abbaye pour protĂ©ger les pĂšlerins. Cette abbaye fut construite par des moines en 1120. On l’appela Abbaye d’Aubrac.

Aubrac

Lieu incontournable du Camino frances et de la Via Podiensis, l'hĂŽpital d'Aubrac fut une Ă©tape importante au Moyen Âge pour les milliers de pĂšlerins qui allaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le pĂšlerin, aprĂšs avoir endurĂ© la rudesse du plateau, se retrouvait Ă  la DĂŽmerie pour s'y restaurer et se reposer et repartait pour Saint-CĂŽme-d'Olt en descendant cette vallĂ©e abritĂ©e et verdoyante qui mĂšne Ă  Saint-ChĂ©ly-d'Aubrac et passait sur le Pont des pĂšlerins. Il reste de l'ancien monastĂšre quelques vestiges : l'Ă©glise romane, un bĂątiment du XVe siĂšcle transformĂ© en maison forestiĂšre, une tour carrĂ©e dite "Tour aux anglais" qui aurait vers 1350 (pendant la guerre de 100 ans) Ă©tĂ© bĂątie pour pour protĂ©ger la dĂŽmerie des attaques des anglais.

Tour des Anglais

Les moines pendirent les brigands et ils dĂ©frichĂšrent au fur et Ă  mesure autour de leur abbaye. Ces espaces dĂ©boisĂ©s Ă©taient trop en altitude pour cultiver de façon rentable des cĂ©rĂ©ales. Par contre, l’herbe poussait bien et Ă©tait trĂšs riche. C’est ainsi que l’élevage a commencĂ© et c’est comme cela qu’est nĂ©e la race Aubrac:

une race rustique, trĂšs rĂ©sistante. Les vaches ont nourri les hommes qui ont pu peupler l’Aubrac.

La croix des 3 Ă©vĂȘques ..

Elle commĂ©more un concile tenu en 590 sur l'Aubrac entre les Ă©vĂȘques des trois diocĂšses de Mende, Rodez et Saint Flour. Ce concile est rapportĂ© par saint GrĂ©goire. En 1238, les moines de la dĂŽmerie d'Aubrac ont construit la croix en mĂ©moire de ce concile et l'ont placĂ©e au point de jonction des trois diocĂšses. Elle se trouve ainsi Ă  la limite des trois dĂ©partements de la LozĂšre, de l'Aveyron et du Cantal. La croix des trois Ă©vĂȘques a Ă©tĂ© volĂ©e en 1990, malgrĂ© ses 300 kilos, et la croix actuelle est une copie. À son pied, figure l'indication des trois diocĂšses. Elle est situĂ©e sur la D15 entre Aubrac et Laguiole.

La « Mal-BĂȘte Â»:

 La BĂȘte du GĂ©vaudan serait un animal Ă  l'origine d'une sĂ©rie d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767. Ces attaques, le plus souvent mortelles, entre 88 Ă  124 recensĂ©es selon les sources, eurent lieu principalement dans le nord de l'ancien pays du GĂ©vaudan (qui correspond globalement Ă  l'actuel dĂ©partement de la LozĂšre). Quelques cas ont Ă©tĂ© signalĂ©s dans le sud de l'Auvergne, et dans le nord du Vivarais et du Rouergue.

La «BĂȘte du GĂ©vaudan» dĂ©passa rapidement le stade du fait divers, au point de mobiliser de nombreuses troupes royales et de donner naissance Ă  toutes sortes de rumeurs, tant sur la nature de cette «bĂȘte» – vue tour Ă  tour comme un loup, un animal exotique et mĂȘme un loup-garou, voire un tueur en sĂ©rie Ă  une Ă©poque plus rĂ©cente — que sur les raisons qui la poussaient Ă  s'attaquer aux populations — du chĂątiment divin Ă  la thĂ©orie de l'animal dressĂ© pour tuer.

De 1764 Ă  1767 deux animaux, identifiĂ©s, l'un comme un gros loup, l'autre comme un animal s'apparentant au loup sans en ĂȘtre pour autant (bien qu'appartenant aux canidĂ©s), furent abattus. Le gros loup fut abattu par François Antoine, porte-arquebuse du roi de France, en septembre 1765, sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes. À partir de cette date les journaux et la cour se dĂ©sintĂ©ressĂšrent du GĂ©vaudan, bien que d'autres morts attribuĂ©es Ă  la BĂȘte aient Ă©tĂ© dĂ©plorĂ©es ultĂ©rieurement. Le  19 juin 1767 le second animal fut abattu par Jean Chastel un enfant du pays. Pour beaucoup l'animal tuĂ© par Chastel Ă©tait bien la BĂȘte du GĂ©vaudan, car passĂ© cette date plus aucune mort ne lui fut attribuĂ©e.

GĂ©ologie ..

L’Aubrac se caractĂ©rise par sa faible superficie, 40 km sur 20 km environ. C'est un vaste plateau limitĂ© au nord par la VallĂ©e de la TruyĂšre et au sud par la VallĂ©e du Lot.

D'une altitude moyenne de 1000 m Ă  1400 m, l’Aubrac culmine Ă  1469 m au signal de Mailhebiau (LozĂšre) et 1440 m aux Trucs d'Aubrac (Aveyron). Le climat est typiquement montagnard, avec des hivers longs et rudes oĂč la neige envahit le plateau balayĂ© par la tourmente. Mais dĂšs le printemps, la vĂ©gĂ©tation renaĂźt riche d'une flore exceptionnelle, abritant plus de 1000 espĂšces de plantes dont certaines sont trĂšs rares.

Dans la nuit gĂ©ologique, l’Aubrac Ă©tait formĂ© d'un socle de roches trĂšs anciennes formĂ© de micaschistes (ou gneiss) et d'un granite gris-bleutĂ©, possĂ©dant de gros cristaux de feldspath blanc: le granite de la Margeride. Lorsque les Alpes se sont formĂ©es, elles ont entraĂźnĂ© un soulĂšvement du plateau de l'Aubrac, qui s'est cassĂ©. Par ces fractures, des coulĂ©es volcaniques sont remontĂ©es, recouvrant l’Aubrac d’une Ă©paisseur atteignant parfois 300 mĂštres : en se refroidissant cette roche a donnĂ© le basalte.

Orgues Basaltiques

C'est un massif volcanique relativement ancien (6 Ă  9 millions d'annĂ©es) par rapport aux volcans de la chaĂźne des Puys qui eux, n'ont que quelques milliers d'annĂ©es. Il prend la forme d'une Ă©chine basaltique allongĂ©e (30 km de long), de direction nord-ouest/sud-est, surmontant un socle granitique (batholite de la Margeride), et issue soit d'un volcanisme de type fissural (rift) ou, selon les auteurs les plus rĂ©cents, de plusieurs volcans de type hawaĂŻen (volcan rouge) trĂšs rapprochĂ©s les uns des autres. Les laves Ă©mises sont basaltiques ou de composition proche (basanite, trachy-basalte, tĂ©phrite...). On peut en outre trouver localement des traces d'Ă©ruptions plus violentes, comme des pyroclastites sous forme de tufs ou de brĂšches, en particulier sur les sommets entre Aubrac et Nasbinals.

Le climat ..

Le climat sur l'Aubrac est rude et le plateau est souvent trĂšs enneigĂ© l'hiver. Le massif compte plusieurs petites stations de ski (Saint Urcize, Brameloup, Nasbinals,..). EnneigĂ© en altitude d'octobre Ă  mai, il peut y geler la nuit presque tous les mois de l'annĂ©e. Le vent ne rencontre aucun obstacle sur le plateau et balaye la neige, formant parfois d'Ă©normes congĂšres qui peuvent rester tard dans la saison (jusqu'en mai-juin). Les prĂ©cipitations sont abondantes toute l'annĂ©e et avoisinent les deux mĂštres sur les versants exposĂ©s. Le vent dominant est celui d'ouest mais le vent du sud apporte parfois aussi brouillard et mauvais temps sur le sud de l'Aubrac (en particulier lors des Ă©pisodes cĂ©venols). Les Ă©tĂ©s peuvent ĂȘtre chauds mais ils sont souvent orageux, les orages pouvant ĂȘtre violents comme dans toutes les zones de montagne.

 

La flore ..

 Sur le plan de la vĂ©gĂ©tation, l’Aubrac constitue un milieu variĂ© : grande forĂȘt de hĂȘtres au sud-ouest, petites forĂȘts de rĂ©sineux au nord et Ă  l'est (essentiellement du pin sylvestre) et au centre de grands pĂąturages oĂč domine le nard raide (Nardus stricta) et oĂč les arbres sont peu nombreux. Les pĂąturages les plus riches se situent dans la zone volcanique ; en zone granitique on trouve aussi de bonnes terres mais le sol est en gĂ©nĂ©ral moins profond et plus pauvre : on trouve frĂ©quemment sur ce type de sol des landes Ă  genĂȘt purgatif (Cytisus purgans), Ă  fougĂšre ou Ă  bruyĂšre callune (Calluna vulgaris) quand le sol est trĂšs peu Ă©pais. Il faut Ă©galement noter la prĂ©sence de nombreuses tourbiĂšres, milieux naturels exceptionnels.

Crocus vernus

L'agriculture ..

L'essentiel de l'agriculture en Aubrac se concentre sur l'Ă©levage bovin (les anciennes cultures comme celle du seigle par exemple ont presque totalement disparu). La race locale Aubrac est prĂ©dominante mais elle revient de loin : elle a Ă©tĂ© sauvĂ©e de l'extinction Ă  la fin des annĂ©es 1970 par une poignĂ©e d'agriculteurs courageux et attachĂ©s Ă  la race qui refusaient de la voir mourir. En effet, la race Aubrac est une race « mixte Â» qu'on Ă©levait Ă  la fois pour le lait et la viande mais qui n'excellait dans aucun de ces deux domaines (en quantitĂ©), ce qui constituait un handicap lourd Ă  l'Ă©poque. On lui avait donc prĂ©fĂ©rĂ© d'autres races plus rentables ou on la croisait pour amĂ©liorer les rendements tant du point de vue laitier que de la viande. À la fin des annĂ©es 1970, le point de vue sur la race change et l'on s'aperçoit que la vache Aubrac dispose de qualitĂ©s irremplaçables (rusticitĂ©, fĂ©conditĂ©, longĂ©vitĂ©) et que sa viande est d'une trĂšs grande qualitĂ©. Un programme de sĂ©lection efficace visant Ă  produire des animaux de pure race et de qualitĂ© est donc mis en place et perdure encore aujourd'hui (vente de gĂ©nisses pleines de race pure par des Ă©leveurs spĂ©cialisĂ©s aux autres agriculteurs).

Les troupeaux occupent les pĂąturages d'altitude (qu'on appelle aussi « montagnes Â») du 25 mai (saint Urbain) au 13 octobre (saint GĂ©raud). En dehors de cette pĂ©riode, le troupeau est Ă  l'Ă©table ou occupe, si le temps le permet, des prĂ©s de fauche Ă  proximitĂ© de la ferme (c'est le cas en avril-mai ou Ă  l'automne). La nourriture Ă  l'Ă©table est composĂ©e en majeure partie de l'herbe rĂ©coltĂ©e dans les prĂ©s de fauche. Les veaux naissent en fĂ©vrier-mars, passent l'Ă©tĂ© dans la montagne avec leur mĂšre puis sont vendus Ă  l'automne : ce sont des broutards (veau de 9 Ă  12 mois) vendus pour leur viande sur les marchĂ©s français et italiens. Les Ă©leveurs peuvent vendre aussi des animaux plus ĂągĂ©s (gĂ©nisses croisĂ©es issues d'une vache Aubrac et d'un taureau Charolais dans le cadre de la filiĂšre « Fleur d'Aubrac Â» ou gĂ©nisses de race pure (ou vaches de rĂ©formes) dans le cadre de la filiĂšre « Label rouge - boeuf fermier de l'Aubrac Â»). Ces ventes constituent l'essentiel du revenu des Ă©leveurs de l'Aubrac.